e-candide ou l'optimisme

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samedi 22 novembre 2008

L'inertie du mammouth

Un commentaire du billet Grève des enseignants de l'Education nationale sur le site L'éducation ou l'école au jour le jour

Bonjour,

J'ai découvert votre blog il y a quelques semaines et je commence à le parcourir avec intérêt. Je suis tout à fait d'accord avec votre billet sur la grève. Mais cela suscite en moi de nombreuses interrogations. Je suis parent de deux élèves dans le primaire, élu au conseil d'école depuis l'an passé et j'essaie de comprendre le fonctionnement de "l'école" !

Mais, finalement, en protestant à juste titre contre ces décisions, les grévistes vont dans le même sens. C’est là le paradoxe. Bien sûr qu’il faudrait au contraire se réjouir de la suppression des RASED… à condition que le système éducatif, ses orientations, les pédagogies, les pratiques, fassent que l’école s’adapte aux différences, aux rythmes, aux processus d’apprentissages, de chaque enfant, et non l’inverse.

Tout à fait d'accord. Cela me fait penser à un autre combat de même nature. Il y a des pétitions qui circulent contre les caisses automatiques dans les supermarchés. On en vient à défendre le métier de caissières sous payées, travaillant à temps partiel forcé, déconsidérées par la hiérarchie et les clients stressés, futures ou déjà malades du dos, des bras... Bref on devrait se battre pour leur suppression mais au nom du maintien de l'emploi on se bat pour les garder ! C'est au niveau d'un emploi digne pour tout le monde que le combat devrait se situer.

On défend aujourd'hui les RASED et demain ce sera le soutien obligatoire suite à la suppression du samedi. Actuellement il y a quelques voix pour le critiquer. Mais dans 2, 5 ou 10 ans quand on le supprimera, il y aura des grèves pour demander son maintien !

C’est le système et aussi ce qu’il vise dans ses finalités qui doit faire l’objet de manifestations, de résistances. Il y a pourtant du monde qui peut le comprendre, qui l’a compris : les mouvements pédagogiques, un nombre de plus en plus important de parents, beaucoup de citoyens.

Oui... mais non ! Oui il y a du monde qui prend du recul et qui se pose la question des finalités. Mais ce monde n'est rien contre l'inertie de la machine (tiens, je n'ai pas dit mammouth). Une anecdote : l'an passé dans l'école de mes enfants, il y a eu une suppression de classe à cause de la baisse des effectifs. Les parents se sont mobilisés, nous sommes allés voir l'inspecteur d'éducation de la circonscription pour lui demander de défendre notre point de vue (l'aspect social du quartier, le nombre d'enfants en difficulté qui nécessite moins d'enfants par classe que la moyenne, tels étaient nos arguments). L'IEN nous a bien reçu et a récité son texte : les chiffres, les chiffres, les chiffres avec 2 décimales pour compter les enfants. Et quand on parle du contexte social "il sait bien mais on n'y peut rien"... Et quelques semaines plus tard, je rencontre le même IEN en train de fustiger la politique actuelle, de défendre nos idées dans un débat citoyen, puis à la grève du 20 il était dans les rangs des manifestants à serrer les mains des syndicalistes pour afficher son soutien. Je ne dis pas qu'il aurait pu sauver la suppression de la classe de notre école, mais pourquoi ne nous a t'il pas reçu moins technocratiquement ? Quelle schizophrénie que de devoir appliquer des décisions qu'il ne cautionne pas ! Est ce un soldat ? Ou alors il cache bien son jeu et c'est un infiltré ! Cela me laisse donc prudent sur la capacité de réforme (révolution ?) de l'énorme machine.

Je vois également d'autres freins : même si j'ai le sentiment qu'une autre école est possible, je ne vois pas comment elle peut s'appliquer concrètement dans l'école de mes enfants. Il y a pourtant quelques avancées : ateliers l'après midi, mélange des classes par exemple. Mais globalement les enseignants restent sur les schémas classiques. Et les parents le demandent également : le retour aux fondamentaux, le soutien du soir sont très appréciés. Il faudra beaucoup de temps avant que les grandes idées ne s'installent vraiment dans les écoles des quartiers... Il est plus rassurant pour tout le monde de rester sur le modèle de la domination, pour reprendre l'idée de Marshall B. Rosenberg (Vers une éducation au service de la vie). On est tous entrainé par l'inertie actuelle, que les quelques cas isolés qui arrivent à s'en extraire ne peuvent rien pour l'arréter, ou même la ralentir.

Et question que je me pose : est-ce que j'ai envie de sauver l'école publique, telle qu'elle est ? non ! Mais est-ce que j'ai envie qu'elle disparaisse ? diantre non !

Après tout, nous sommes majoritairement issus de l'école publique, et personnellement, je ne me plains pas de ce qu'elle a fait de moi. Alors pourquoi la changer ?

e-candide

dimanche 16 novembre 2008

Le rêve, une valeur refuge en temps de crise

L'humanité ne manque pas d'idées lorsqu'il s'agit d'offrir un peu de rêve.

Je n'ai pas compris tout de suite quand j'ai reçu, sur une de mes multiples emails spammées, ce qu'était ce site d'enchères inversées. Je suis donc allé voir http://www.e-minibid.com/. De prime abord, un joli site, très web 2.0, moderne, clair, dans les tons verts pomme. Le principe est simple, enfin pas trop complexe.

Comme sur un site d'enchères, il y a des produits mis en vente (par le propriétaire du site et non pas par des particuliers). Et c'est celui qui propose le plus petit prix qui remporte l'objet. Mais alors il suffit de proposer 0,01 euros et c'est gagné. Attendez, il faut être le seul et unique enchérisseur de ce montant. Donc si vous êtes 2 à proposer 0,01, c'est perdu. Il faut donc proposer un montant faible, et être le seul à l'avoir proposé.

Ah donc c'est une loterie ? Une loterie promotionnelle où les produits sont proposés par des sponsors ? C'est ce que j'ai d'abord cru, cela peut se défendre d'ailleurs. Mais non. Ce que je n'avais pas compris au début, c'est que la pose d'une enchère est payante : de 0,50 euros pour un produit peu cher à 2,00 euros pour un produit plus onéreux (c'est le max que j'ai vu, mais il n'y a pas de limites annoncées). Donc les multiples enchérisseurs paient à eux tous le produit, et même plus s'ils sont suffisamment nombreux !

Donc vous achetez des crédits, vous les dépensez dans des enchères, et UNE personne gagne. c'est donc bien une loterie tout bénéf pour son organisateur.

On peut donc aisément imaginer le profil des participants, clients ou plutôt joueurs :

  • le joueur occasionnel qui dépense quelques euros, qui ne gagne rien et qui abandonne le jeu : on peut dire que c'est le joueur "pas joueur" (ou clairvoyant)
  • le joueur occasionnel, qui dépense quelques euros, et qui gagne un objet : on peut dire que c'est le joueur chanceux
  • le joueur régulier, qui dépense beaucoup d'euros et qui gagne souvent : on peut dire que c'est le joueur ultra chanceux (ou le hacker du site)
  • le joueur régulier, qui dépense beaucoup, et qui ne gagne rien, ou seulement après avoir misé plus que le montant du produit gagné : on peut dire que c'est le joueur malchanceux (ou idiot ?)

Inutile de dire quelle est la catégorie majoritaire ! Parce que quand même, il ne faut pas être très intelligent pour comprendre qu'il y a plus de perdants que de gagnants. Est ce une allégorie de la crise actuelle ?

De deux choses l'une, ou bien les créateurs du site savent que cela ne va pas durer longtemps, et ils s'en mettent dans les poches tant que les malchanceux y croient. Ou bien l'humanité est vraiment en manque d'espoir, aveuglée, et alors là, on ne peut plus rien pour elle !

PS : Avis aux joueurs, quitte à avoir le démon du jeu, autant acheter un billet de loto, au moins on a l'espoir de gagner plus que sa mise.

PS2 : Sur un produit vous ne pouvez pas poser plus d'un certains nombres d'enchères (50, 75, xx selon les produits). Là je n'ai pas compris pourquoi. Après tout si vous souhaitez mettre 1000 enchères à 1 euro pour un produit qui en vaut 299, pourquoi pas ? Autant afficher clairement le principe !