e-candide ou l'optimisme

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mercredi 3 décembre 2008

On devrait s'en réjouir, mais...

Fin de la publicité sur France 2. Une bien bonne nouvelle normalement ? On devrait se réjouir de retrouver un média indépendant des annonceurs. A ma connaissance, il n'y a que le Canard Enchaîné pour être dans cette position. Alors un grand média télévisuel en plus dans ce paysage c'est plutôt une bonne nouvelle.

Alors pourquoi cela pose t'il problème ?

Le nerf de la guerre : l'argent perdu d'un côté ne serait pas assuré de l'autre. Pourtant l'autre côté, l'état, crie haut et fort que si, il s'engage à maintenir le niveau des recettes.

Alors pourquoi cela pose t'il toujours problème ?

Ne serait-ce pas parce qu'on n'a plus confiance dans les promesses ?

lundi 24 novembre 2008

Les SDF ne meurent pas de froid (2)


Après avoir entendu qu'un SDF est mort de froid, j'ai voulu rappeler que ce n'est pas le froid qui tue mais bien la misère et donc que nous sommes, nous, la société, les citoyens, responsables. Le fait qu'il ne soit finalement pas mort de froid brouille le débat. Doit-on être soulagé, la cause est finalement plus acceptable ? Ou cela permet-il de prendre conscience que ce n'est pas le froid qui tue ?

Afin de me faire une idée, je suis allé lire les différents articles en ligne concernant le sujet, et surtout j'ai lu les réactions des internautes. Là, si j'ai pu lire des réflexions similaires à la mienne, j'ai été surpris de lire également des commentaires que je pensais d'un autre temps.

En réaction à l'article sur le nouvelobs (Bois de Vincennes : la mort du SDF pas liée au froid), Kezako titre son commentaire "Un choix de vie !!" et écrit :

"Soyons lucides: il y a à Paris suffisamment de centres d'hébergement, de systèmes sociaux, samu, etc. Donc si ce marginal a choisi de vivre dans un bois, dans une cabane, c'est un refus de la société, un choix de vie. Peux-on, doit-on forcer quelqu'un qui rejette la société à vivre parmi elle ? Sans doute eut-il fallu l'inciter à aller vivre dans une région moins froide, pour que le mode de vie qu'il s'est choisi ne soit pas mortel. Ce n'est pas un cas isolé: il y a dans les bois autour de Paris des centaines de marginaux qui refusent la société et qui se terrent dans des cabanes. C'est trop tard pour celui de Vincennes, mais encore applicable aux autres."

Croire encore aujourd'hui qu'il s'agit d'un choix de vie est étonnant. Pour les quelques personnes qui peuvent effectivement choisir un temps cette vie, il est faux de croire que c'est le cas de la majorité. Dans un article de Wikipédia, il est fait référence à une étude où il ressort que "trois SDF sur dix ont un emploi, en général précaire (contrat à durée déterminée, intérim) ; c'est généralement pour eux le coût du logement et l'insuffisance des logements sociaux qui les maintiennent à la rue."

Dans les réaction à l'article de Libération (Le froid n'est pas à l'origine de la mort du SDF au bois de Vincennes ), une personne témoigne :

"SDF c’est comme le cancer chacun le porte soit. Jamais il ne se déclarera pour les plus chanceux, soit un jour il se déclare avec plus ou moins de violence et la faute à pas de chance. Moi aussi je me suis retrouvé dans une situation très difficile perte d’emploi, quitter son logement confortable, et j’en passe. J’ai quitté ma compagne, mes enfants ma région d’origine (PACA) dans l’attente de jours meilleurs, pris mes deux chiens trop vieux pour les laisser au chenil car même les bêtes peuvent mourir pour elles cela aurait été de chagrin. Je me suis installé dans l’Allier non pas pour le charme de sa nature mémé si celui-ci est réel, mais parce que j’ai pu trouver ici un toit pas cher dans une ancienne usine désaffectée. C’est mieux qu’une cave en PACA ou une cabane dans la garigue. J’attends le plan Borloo qui parait il est sans condition de ressources, je pourrai peut être réparer le toit après tout on peut toujours espérer. Si une personne à un convecteur dans un grenier il sera le bienvenu pas pour moi mes pour mes chiens car moi je me chauffe avec un vieux poêle à bois, quant je vais dormir dans la tente que j’ai installé dans la battisse le poêle n’est plus alimenté et la nuit les températures sont très basses. Pour le reste je me D… Le bonheur montre les gents heureux l’adversité révèle les grands. Sa change rien mais se le dire sa réconforte. Les Médias, la Presse, la gauche, la droite les mettre à l’index ne changera rien c’est comme ça un sale moment dans un moment de la vie ni plus ni moins. J’ai la chance d’être en bonne santé du soutien, l’amour de ma compagne et de mes enfants ceux qui a du faire défaut à ce malheureux. Paix a lui."

Sur le site de France 2 (Un SDF retrouvé mort dans le bois de Vincennes) un autre témoignage, de nanou1014

"Le pire : être SDF, on peut l'être, personne n'est protégé. Tout peut basculer très vite!!! Beaucoup de personnes ne se sentent pas concerner car elles pensent être protégées avec leur statut social J'ai connu un SDF, dans ma ville, qui auparavant était chirurgien-dentiste, une autre qui exerçait la proféssion d'éducatrice spécialisée. J'étais la première surprise, et oui quand on donne un peu de son temps, on peut aller au-delà des apparences.
L'habit n'a jamais fait le moine!
"

Deux témoignages cela n'est pas une conclusion, mais le préjugé inverse de Kezako non plus... à moins qu'il ne m'indique une étude sur le sujet. Dans cette étude de l'insee, le "choix de vie" n'est même pas évalué. Tellement il est hors sujet ?

Un autre commentaire de France 2 est très provocateur, ou même choquant :
francelibre2012 : "Toute façon dans notre pays on a des Français SDF dehors et des clandestins qui violent les lois qui sont dans des HLM ou a l'hotel....  "

ou sur M6info.fr (Mort du SDF : pas liée au froid) Sagnélis écrit :

"Il faut arréter de donner des milliards pour l'humanitaire, a l'étranger, car tout le monde le sais, laes pays capitalistes donne "exemple" 100 milliards, 30 revient au pays capitaliste (en cadeau)69 pour le responsable du pays aidé (le chef d'état, dans sa poche)et un milliard pour l'aide réelle, ou il faut deduire les frais de fonctionnement et de transport, les vols et raquettes,ect... donc, donné l'argent aux miséreux de france, il y en a des milliers!!! en france des femmes avec des enfants vivent dans des caves sans chauffage, d'autres dans des voitures, c'est un scandale."

Cet amalgame xénophobe qui ne sert qu'à monter les gens les uns contre les autres, s'entend et se lit malheureusement encore beaucoup. Sans doute parce que les militants de ces positions s'invitent facilement dans les forums. C'est parce qu'ils sont visibles que je les mentionne, mais je n'apporterai pas d'arguments tellement la bêtise de tel propos me choque !

Ensuite j'ai lu de nombreux commentaires culpabilisant, comme sur le site de France 2 :

Mimi75012 :"Ce pauvre homme n'est pas mort de froid. Petite question: Les fêtes de fin d'année arrivent bientôt; avez-vous l'intention de partager votre table de réveillon avec un SDF. Bande de bobos va!"

ou sur lefigaro.fr (Vincennes: SDF mort depuis plusieurs jours )

fanfan : "bravo à tous les courageux Et bien sur personne n'avait remarqué sa présence et sa détresse.....................auquel cas on aurait peut ^^etre pu éviter le pire que tous ceux qui sont passés sans rien dire soient poursuivis pour non assistance à personne en danger............. Mais bien sur il n'y avait personne à l'endroit dit..........."

ou encore lepost.fr (Paris: Francis, SDF, mort au Bois de Boulogne ),

Hervé
: "Nous vivons dans un monde où la solidarité entre les êtres humains n'existe plus. Compter sur les pouvoirs publics, c'est une chose aider son voisin de palier, le sdf dans la rue c'est autre chose. Qui le fait réellement? Ne soyons pas hypocrites. Nous sommes devenus des individualistes bien loin des problèmes de notre voisin. "

La société ne résout pas le problème, alors c'est à chacun individuellement de le faire ? On ne connait pas le nombre exact de SDF en France, supposons 100 000. Il suffit donc que 100 000 familles "adoptent" un gentil SDF et le problème serait résolu. Ensuite on s'attaquera au mal logement, puis à la pauvreté en général ? Bien sûr qu'il faut parfois que l'individu fasse preuve de courage face à la misère qu'il côtoie. Il y a des regards, des discussions, des engagements à oser. Mais c'est la société qui peut apporter une réponse complète. Par la redistribution des richesses via les impôts par exemple. Car on lit parfois aussi des commentaires comme celui de Mort2rire sur nouvelobs.com :
"Quand cela m'arrive Je préfère acheter quelque chose à manger pour un sdf plutôt que de lui donner de la monnaie qui risque de finir en alcool (alcool l'hiver: danger hypotermie)."

C'est bien généreux de sa part, mais ce principe est une humiliation terrible. Est-ce que le patron de Mort2rire lui donne un salaire tous les mois ou alors un panier garnis de ce qu'il faut manger parce que c'est bon pour lui, un costume qui lui va bien, un appartement de fonction choisi par ses soins ? L'argent est un moyen d'être libre de ses choix, pourquoi les SDF ne seraient ils pas libres ?

Raleur sur lepost.fr exprime bien la différence entre une politique (de droite ?) basée sur l'aumône, et celle (de gauche ?) basée sur la solidarité :
"Quand on parle à ce gouvernement de justice sociale, j'ai bien peur qu'il ne comprenne qu'aumône, et qu'il ne prenne comme mesure concrète pour les SDF, de demander aux nantis de bien vouloir leur donner un peu plus à la sortie de la grand messe du dimanche..."

Finissons pas la touche d'humour qui permet souvent de bien comprendre le fond du problème (vu sur libération) :
emoi à l'Elysée!

Dernière info de l'AFP: "La mort d'un SDF dans le bois de Vincennes a vivement ému Môssieur le Président. Il a immédiatement convoqué plusieurs ministres pour prendre les mesures adéquates. Le porte parole de l'Elysée a précisé que Le Président trouve inadmissible que dans un pays comme la France, une des grandes puissances du monde, un des pays les plus riches, le pays du foie gras, du TGV, d'airbus etc on puisse mourir de froid à 50 ans. Une loi sera prochainement présentée au Parlement pour interdire de mourir de froid et de misère. MAM a été invitée à alerter toutes les polices du pays afin de prendre toutes mesures dans ce sens.M.Nicolas Sarkosy se rendra, ainsi que tous les membres du gouvernement à une messe solennelle en la cathédrale Notre Dame de Paris afin de rendre hommage à ce pauvre homme.

dimanche 23 novembre 2008

Les SDF ne meurent pas de froid

Chaque hiver, lorsque les températures baissent et qu'un SDF décède, la presse unanime titre sur le premier SDF mort de froid. Malheureusement, ce n'est pas le froid qui tue, mais la misère. Pour les accidents de la route, est ce que l'on dit que ce sont les voitures qui tuent ? C'est donc nous, la société, qui ne sommes pas capables de sauver ces personnes qui sommes responsables de leur décés. De nombreux SDF meurent également l'été, à un âge bien inférieur à l'espérance de vie normale, comme le souligne le collectif les morts de la rue. Mais on n'en parle pas. Il est en effet plus facile de se dédouaner sur le froid.

samedi 22 novembre 2008

L'inertie du mammouth

Un commentaire du billet Grève des enseignants de l'Education nationale sur le site L'éducation ou l'école au jour le jour

Bonjour,

J'ai découvert votre blog il y a quelques semaines et je commence à le parcourir avec intérêt. Je suis tout à fait d'accord avec votre billet sur la grève. Mais cela suscite en moi de nombreuses interrogations. Je suis parent de deux élèves dans le primaire, élu au conseil d'école depuis l'an passé et j'essaie de comprendre le fonctionnement de "l'école" !

Mais, finalement, en protestant à juste titre contre ces décisions, les grévistes vont dans le même sens. C’est là le paradoxe. Bien sûr qu’il faudrait au contraire se réjouir de la suppression des RASED… à condition que le système éducatif, ses orientations, les pédagogies, les pratiques, fassent que l’école s’adapte aux différences, aux rythmes, aux processus d’apprentissages, de chaque enfant, et non l’inverse.

Tout à fait d'accord. Cela me fait penser à un autre combat de même nature. Il y a des pétitions qui circulent contre les caisses automatiques dans les supermarchés. On en vient à défendre le métier de caissières sous payées, travaillant à temps partiel forcé, déconsidérées par la hiérarchie et les clients stressés, futures ou déjà malades du dos, des bras... Bref on devrait se battre pour leur suppression mais au nom du maintien de l'emploi on se bat pour les garder ! C'est au niveau d'un emploi digne pour tout le monde que le combat devrait se situer.

On défend aujourd'hui les RASED et demain ce sera le soutien obligatoire suite à la suppression du samedi. Actuellement il y a quelques voix pour le critiquer. Mais dans 2, 5 ou 10 ans quand on le supprimera, il y aura des grèves pour demander son maintien !

C’est le système et aussi ce qu’il vise dans ses finalités qui doit faire l’objet de manifestations, de résistances. Il y a pourtant du monde qui peut le comprendre, qui l’a compris : les mouvements pédagogiques, un nombre de plus en plus important de parents, beaucoup de citoyens.

Oui... mais non ! Oui il y a du monde qui prend du recul et qui se pose la question des finalités. Mais ce monde n'est rien contre l'inertie de la machine (tiens, je n'ai pas dit mammouth). Une anecdote : l'an passé dans l'école de mes enfants, il y a eu une suppression de classe à cause de la baisse des effectifs. Les parents se sont mobilisés, nous sommes allés voir l'inspecteur d'éducation de la circonscription pour lui demander de défendre notre point de vue (l'aspect social du quartier, le nombre d'enfants en difficulté qui nécessite moins d'enfants par classe que la moyenne, tels étaient nos arguments). L'IEN nous a bien reçu et a récité son texte : les chiffres, les chiffres, les chiffres avec 2 décimales pour compter les enfants. Et quand on parle du contexte social "il sait bien mais on n'y peut rien"... Et quelques semaines plus tard, je rencontre le même IEN en train de fustiger la politique actuelle, de défendre nos idées dans un débat citoyen, puis à la grève du 20 il était dans les rangs des manifestants à serrer les mains des syndicalistes pour afficher son soutien. Je ne dis pas qu'il aurait pu sauver la suppression de la classe de notre école, mais pourquoi ne nous a t'il pas reçu moins technocratiquement ? Quelle schizophrénie que de devoir appliquer des décisions qu'il ne cautionne pas ! Est ce un soldat ? Ou alors il cache bien son jeu et c'est un infiltré ! Cela me laisse donc prudent sur la capacité de réforme (révolution ?) de l'énorme machine.

Je vois également d'autres freins : même si j'ai le sentiment qu'une autre école est possible, je ne vois pas comment elle peut s'appliquer concrètement dans l'école de mes enfants. Il y a pourtant quelques avancées : ateliers l'après midi, mélange des classes par exemple. Mais globalement les enseignants restent sur les schémas classiques. Et les parents le demandent également : le retour aux fondamentaux, le soutien du soir sont très appréciés. Il faudra beaucoup de temps avant que les grandes idées ne s'installent vraiment dans les écoles des quartiers... Il est plus rassurant pour tout le monde de rester sur le modèle de la domination, pour reprendre l'idée de Marshall B. Rosenberg (Vers une éducation au service de la vie). On est tous entrainé par l'inertie actuelle, que les quelques cas isolés qui arrivent à s'en extraire ne peuvent rien pour l'arréter, ou même la ralentir.

Et question que je me pose : est-ce que j'ai envie de sauver l'école publique, telle qu'elle est ? non ! Mais est-ce que j'ai envie qu'elle disparaisse ? diantre non !

Après tout, nous sommes majoritairement issus de l'école publique, et personnellement, je ne me plains pas de ce qu'elle a fait de moi. Alors pourquoi la changer ?

e-candide