Madame, Monsieur le conseiller clientèle,
Madame, Monsieur le directeur d'agence,
Madame, Monsieur le directeur de secteur,
Madame, Monsieur le directeur régional,
Madame, Monsieur le directeur,
Mesdames, Messieurs les actionnaires,
En 2000 j'habitais Marseille. Mon codevi (aujourd'hui livret de développement durable !) de l'époque ayant atteint le plafond, je suis allé voir un conseiller de votre réseau pour savoir où placer le surplus. J'ai demandé un placement sûr et tranquille, comme le codevi malheureusement plafonné. Le conseiller m'a alors ouvert un compte épargne (lui aussi plafonné, mais je ne l'ai jamais atteint), mais m'a aussi proposé avec insistance une assurance vie. J'ai fini par accepter, pensant faire un autre placement tranquille et assurer mes vieux jours. Faisant confiance au conseiller j'ai signé sans m'intéresser plus que cela au contenu. Naïvement je pensais que ma demande serait satisfaite, et non pas le besoin du conseiller qui j'espère pour lui a touché, ce mois là, sa prime d'objectifs.
En 2002, après un déménagement professionnel, j'ai transféré mes comptes dans une autre agence de votre réseau. Là j'ai commencé à m'apercevoir que ce placement en assurance vie était bizarre. Entre les frais et les aléas je perdais de l'argent ! Moi qui avait demandé un compte tranquille, je me retrouvais à jouer en bourse, ce qui est contre ma philosophie. En allant voir un conseiller de la nouvelle agence, j'ai demandé à pouvoir changer de placement, plus sûr. Mais ce dernier m'encourage à persévérer, disant que seul le long terme est rentable dans ce genre de support. Là encore je me laisse convaincre, quel candide optimiste je suis !
En 2007 je déménage à nouveau, mais je n'ai pas changé d'agence. Mon idée était alors d'attendre de passer les 8 ans qui me permettent de clore ce compte légalement. Mais de report en report, je ne l'ai pas fait. Hier j'ai reçu mon relevé d'assurance vie. Je découvre que le placement que l'on m'a fait souscrire est un des plus risqués (4 sur une échelle de 5) et que le risque est consommé :
- depuis l'origine j'ai versé : 3 323,41 € - le montant de rachat est aujourd'hui de : 2 191,33 €
Je vous laisse calculer combien j'ai perdu. Bien sûr, vous n'y êtes pour rien, c'est la crise. Bien sûr j'ai signé, mais non seulement je ne suis pas expert dans le domaine, mais en plus j'avais émis une demande simple et claire qui n'a pas été respectée.
Je sais bien que je ne suis pas un client intéressant pour vous. Je ne gagne pas beaucoup, je ne vis pas à crédit, je n'envisage pas d'acheter mon logement. Que je reste ou pas dans votre établissement importe peu. Et de toute façon c'est pareil à côté.
Je sais bien que ceux qui liront cette lettre ne sont que des employés, subalternes d'un autre subalterne, cherchant à s'en sortir du mieux qu'ils peuvent. Nous n'avons plus à faire à des conseillers au service de clients, mais au service de chefs en cascade qui rejettent la faute sur celui du dessus, ou celui du dessous au grè des aléas.
Ce qui me peine le plus, c'est que vous croyez encore dans ce système, et que vous déconsidériez ceux qui veulent le changer.
En vous remerciant pour votre attention, je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, mes sincères salutations.
e-candide
Un banquier, c'est quelqu'un qui vous prête un parapluie par beau temps et vous le reprend lorsqu'il commence à pleuvoir.
Citations de Samuel Langhorne Clemens, dit Mark Twain
